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In memoriam juillet 1998

 

C'était il y a 15 jours à la maison. Sophie prenait l'empreinte du visage de Raymond avec des bandelettes pour plâtrer des membres cassés. Toute la Saltarelle y passait pour préparer des masques Renaissance (XVIème siècle) pour le spectacle du Festin à Lessines en août. Un masque qui ne servira pas et qui sera moins de 15 jours avant sa mort, comme une photographie négative en trois dimensions. Privilège d'artiste ...

Il n'avait pas encore 60 ans. Jeudi dernier après-midi, il a fait le grand soleil sur autoroute, passant sur l'autre voie. Il y a laissé la vie, celle de son fils qui l'accompagnait et a très sévèrement blessé un conducteur venant de l'autre sens, pas loin du carrefour Léonard là où la E411 arrive à Bruxelles. Il revenait d'avoir un peu jardiné à Rixensart avec son fils et rentrait à Watermael Boifort.
Raymond (Parisis) était un artiste dans l'âme, acteur, homme de spectacle. Danseur depuis presque 10 ans à la Saltarelle, il a été parmis les fidèles sur qui on pouvait compter.
Atypique, extraordinairement présent, beau comme Sim, noueux et soufflant comme une vieille branche d'olivier qui aurait mis un short hawaïen trop long, et un chapeau colonial sur sa tignasse grise. Il était de toutes les ballades, de tous les rendez-vous, de toutes les fêtes, et il y avait chez lui comme quelque chose de la religion du spectacle. Malade, il était de toutes les répétitions, même s'il réussissait à passer par Mons en allant de Binche à Erquelinnes. Il était aussi de toutes les corvées comme dans le Gers.
Boute-en-train, on redoutait l'instant où il allait sortir son harmonica. Le barde Parisix aurait pu inspirer Gosciny. Et si vous avez connu comme moi la saga de la malle à Raymond au Portugal, immortalisée dans une chanson, vous rirez encore longtemps de son inimaginable fourre-tout de grand chef scout. Charrié il l'a été, mais sans méchanceté. D'ailleurs, sans lui, nous aurions des souvenirs moins amusants. Sans lui, la Saltarelle sera longtemps amputée, sa chaise vide lourdement perceptible. Alors merci Raymond, pour tous ces moments d'amitié qui tu as largement distribués et surtout, de l'autre côté du rideau, n'oublie pas ta malle, tes petites affaires, on ne sait jamais. Et fais nous une petite place, qu'on arriverait nous aussi plus vite que prévu... Bravo l'artiste ...

Jacques


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