Marc Malempré

Chorégraphe de la Saltarelle de Wavre
© texte Marc Malempré

Venant d'un milieu familial où la danse, le chant, la musique sont choses importantes, Marc Malempré participe, sous la conduite paternelle, à des collectages en Ardennes, en Croatie et en Transylvanie roumaine. Ses préoccupations se portent plus spécialement sur la danse en Wallonie. Après plusieurs années de recherche sur le terrain et en bibliothèque, il se penche sur les aspects techniques et pédagogiques de la retransmission de la danse. Danseur, chanteur, musicien, il rédige plusieurs mises en scène chorégraphiées et participe à plusieurs groupes musicaux. Il est titulaire de stages en Belgique et à l'étranger. (France, Allemagne et Suisse)

Marc Malempré tél+fax 081/74.07.56 ou +32 81 74.07.56

Article paru dans les "feuillets d'information de la vie musicale en Communauté Française".

D'hier à aujourd'hui, de Constant Charneux aux groupes folkloriques.
La danse traditionnelle, une ouverture sociale, une possibilité aussi de trouver sa promise. Lieu de danses, lieu de rencontres, de rituels et de légendes, là naquirent tous les éléments qui nous permettent encore aujourd'hui de retransmettre la richesse de la danse traditionnelle et d'en retracer son évolution.

D'après les collectages que j'ai pu lire et réaliser et au cours d'entretiens avec Constant Charneux, Henry Schmitz, Marcel Havelange et d'autres informateurs, je constate que la tradition en danse et en musique s'est bien maintenue jusqu'à la guerre 14-18. En 1972, Monsieur Havelange, alors âgé de 70 ans, me recontait les bals auxquels participaient ses parents et grand-parents, tous réellement passionnés par la danse, et me décrivait l'importance que prenait celle-ci dans la vie sociale de l'époque.

Intégrée concrètement à la vie familiale, la danse, dans cette famille comme dans les autres, se pratiquait à la moindre occasion: Marcel Havelange dansait dans sa cuisine avec sa mère et ses soeurs, ce qui leur permit de me transmettre un beau répertoire de maclottes, allemandes et autres passe-pieds.

D'une guerre à l'autre, la tradition s'amenuise. Les sociétés de danse qui avaient arrêté leurs activités pendant quatre années n'ont plus repris, et les musiciens ont perdu ou abandonné leur instrument.
Le travail, le manque d'hommes, les mauvais souvenirs, toutes ces raisons ont contribué à abandonner la tradition dansée. Mais surtout, l'arrivée de la culture musicale américaine et l'expension de la TSF coïncidèrent avec le désir fou d'oublier et de changer.

La danse traditionelle se muait en folklore.

La tradition n'existe plus ? Peut-être. L'important n'est sûrement pas de se poser la question sans cesse et de tourner toujours en rond: tradition, folklore. A chacun de choisir la définition qui correspond le mieux à ses attentes, à son évolution personnelle. Ce qui est certain: les spectacles, tel celui des PAS D'LA YAU, sont un moyen de transmettre des danses, des ambiances, des rythmes qui sont issus de la tradition.

Derrière une représentation de vingt minutes, se cache bien sûr une envie de perpétuer la légende mais aussi un travail souvent insoupçonné du profane. Personne ne peut s'improviser danseur.
Et la danse traditionnelle, comme tous les types de danse, demande un travail technique important. L'acquisition de pas, la tenue du corps, le rythme, les danses de couple, les danses en rond, les chants dansés ... relèvent d'apprentissage aussi diversifié qu'exigeant.
Comment, dès lors, imaginer présenter un spectacle de qualité sans une formation appropriée et dispensée par de réels professeurs?
C'est ainsi que "la danse et la musique traditionnelles" apparaissent aujourd'hui au programme de quelques académies. C'est important !
C'est une reconnaissance de notre tradition, de notre identité culturelle mais aussi un moyen d'apprendre et d'intégrer cette même culture, d'acquérir une pédagogie et une méthode de travail. La danse et la musique traditionnelle au programme de toutes les académies. Pourquoi pas demain !

La formation, ce sont aussi les stages. "Musique, chant et danse populaire" à Borzée-en-Ardenne, rencontres avec les DAPO (F.W.G.D.P.: Fédération Wallonne des Groupements de Danse Populaire), l'A.I.E.W. (Académie Internationale d'Eté de Wallonie): appellations contrôlées, bien connues des amoureux de la musique et de la danse traditionnelles.

D'autres stages, d'autres rencontres, d'autres week-end permettent d'échanger un savoir, des émotions et d'interchanger les cultures. Sans oublier, bien sûr, le plaisir.
Le fil conducteur de notre tradition dansée, le lien d'une génération à l'autre existe aussi au travers de cet ingrédient indispensable: le plaisir de la danse.

Par Marc Malempré chercheur en danse.